S’enfuir – Guy Delisle

Titre et auteur : S’enfuir. Récit d’un otage. de Guy Delisle

Maison d’édition : Dargaud (Site/Facebook/Twitter)

Date de parution : 16/09/16

Nb de pages : 432

Résumé :

En 1997, alors qu’il est responsable d’une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l’a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d’un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ? Un ouvrage déchirant, par l’auteur de « Pyongyang », de « Shenzhen », de « Chroniques birmanes » et de « Chroniques de Jérusalem ».

Avis : ★★★★★

S’enfuir est une bande-dessinée qu’il faut découvrir et lire !

Guy Delisle nous raconte à travers cette bande-dessinée le témoignage de Christophe André, membre actif d’une ONG, qui s’est fait kidnappé alors qu’il était en mission.

Je dois avouer que j’avais peur en commençant cette bande-dessinée. Le sujet m’intéressait énormément, mais c’est l’auteur que je craignais. J’avais eu une mauvaise expérience en lisant Chroniques Birmanes que tout le monde semble adorer, mais qui m’avait ennuyée et dont les dessins m’avaient fortement déplu. Avec S’enfuir, rien à voir. Non seulement j’ai apprécié les dessins (bien qu’au fond, ils n’aient aucune importance face à la gravité du sujet), mais le récit est franchement poignant et narré avec intelligence.

C’est la bande-dessinée la plus bouleversante que j’ai pu lire. On se retrouve constamment face à des questionnements, à des réflexions qui s’insinuent dans notre esprit au gré des situations qui nous sont exposées à l’image de Christophe qui est enlevé, sans aucune autre certitude que celle-là. On se demande alors pourquoi il a été kidnappé, si ses collègues de l’ONG sont au courant, si sa famille l’est aussi, qui sont les hommes qui le retiennent captif etc… Ces questions sont terribles pour le lecteur et l’on ose à peine s’imaginer comme elles ont dû être insoutenables pour Christophe André.

Et puis il y a d’autres situations qui poussent à la réflexion. Comment s’occuper dans une pièce, avec une seule et unique fenêtre obstruée, avec pour seuls compagnons un vieux matelas et un radiateur auquel Christophe André est attaché par des menottes ? On constate alors que dans ces cas-là, le cerveau est le seul allié. On assiste, impuissant, à cette terrible routine à laquelle Christophe est tenu. Manger tous les jours la même chose, devoir supporter une chaleur insoutenable, ne rien avoir à faire d’autre que dormir, regarder les murs et se parler à soi-même. Un seul repère viable, compter les jours et ne pas perdre le fil.

Il est intéressant de constater que Christophe André a su développer une acuité sensorielle et notamment auditive plus intense qu’en temps normal. Il est beaucoup plus sensible aux sons qui sont son seul repère, la seule chose qu’il lui reste car il est privé de tout le reste, enfermé entre quatre murs.

J’ai été également intéressée par ce cas de conscience qui s’impose en lui alors qu’il se rend compte qu’il remercie ses ravisseurs lorsqu’ils lui apportent à manger ou lui proposent une cigarette. La cassure se fait dès lors de la prise de conscience que s’ils se comportent avec « sympathie » par moment avec lui, il n’en reste pas moins qu’ils l’ont enlevé et qu’il ne doit en aucun cas pactiser avec l’ennemi.

En définitive, S’enfuir est une bande dessinée qui fait réfléchir, qui donne envie de bouger, de profiter à fond de la lumière du soleil, de l’espace, des petits bonheurs de la vie… De profiter de la chance que l’on a d’être libre tout simplement !

 

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