Sfumato – Xavier Durringer

sfumato

Merci à Lecteurs.com et Le Passage pour ce roman lu dans le cadre des Explolecteurs 2015! Merci à Karine pour ses précieux conseils!

Titre et auteur : Sfumato de Xavier Durringer

Maison d’édition : Le Passage

Date de publication : 27/05/2015

Nb pages : 351

Résumé :

La vie de Raphaël est coupée en deux. D’un côté, le vertige rock’n’roll au 1 passage de la Main d’Or. Les rapports fumeux avec ses voisins, ses histoires d’amour hallucinantes, ses nuits à s’enfermer dans le théâtre Marie Stuart, son ami Simon largué par la femme de sa vie après une semaine de vie commune, son petit frère qui cherche par tous les moyens à s’échapper en se diluant dans une petite cuillère. Et le souvenir mordant de Madeleine, fille d’un écrivain célèbre, ancienne mannequin cramée par la coke. De l’autre, sa rencontre énigmatique avec Viktor, vieux juif russe initié, batteur de jazz et ancien conseiller à la Maison Blanche, qui lui ouvre les portes d’un univers inconnu, merveilleux et effrayant. Devant La Joconde, Viktor affirme que ce n’est pas un tableau mais une cartographie. Et que lui, Raphaël, doit retrouver l’endroit caché sous les voiles brumeux du sfumato. Et si tout cela n’était qu’une énorme farce, un grand jeu où Raphaël se serait définitivement perdu ? Il n’y a pas de hasard sans cause.

Avis : ★★★★★

J’ai adoré Sfumato ! Quelle belle surprise !

J’avais peur de lire ce roman pour deux raisons. La première est que la couverture ne me plaisait vraiment pas et ça, ça joue beaucoup sur mon envie de lire un livre. La seconde est que le roman fait 350 pages et rien n’est plus désagréable que de se forcer à lire quelque chose de long et laborieux (surtout avec une couverture que l’on n’aime pas). Bref, j’ai commencé ce roman sur un mauvais pied.

Erreur ! Je ne sais pas comment l’auteur a fait mais j’ai été aspirée dans l’univers de Raphaël dès le deuxième chapitre !

Sfumato, c’est l’histoire de Raphaël un jeune homme sain d’esprit qui est entouré de gens qui ne le sont pas. On le rencontre lorsqu’il emménage au I passage de La Main d’Or, un nom qui lui semble être de bon augure pour une nouvelle vie, malheureusement pour lui. Sa vie suit son cours avec son meilleur ami Simon et ses multiples rencontres improbables, jusqu’au jour où il se rend au café du coin et rencontre Viktor, un vieil homme fascinant. Ce dernier va en effet changer sa vision du Monde à tout jamais.

Ce que j’ai aimé par-dessus tout, c’est la narration. On se retrouve dans les pensées de Raphaël, le protagoniste de Sfumato. Et quelles pensées ! J’ai totalement adhéré à l’état d’esprit initial du jeune homme, nonchalant, direct, un bon connaisseur et fumeur de cannabis qui se laisse vivre sans se prendre la tête en sommes.

Le langage utilisé tout au long du récit, que ce soit dans la narration ou les dialogues était exactement comme je l’aime et comme j’aimerais en lire plus souvent ! Ici, pas de chichi, c’est direct, parfois très cru, mais subsiste toujours une certaine poésie qui m’a vraiment séduite. Le langage évolue et varie selon les situations à la perfection. Je pense que ça joue dans l’implication du lecteur dans le récit. Je me sentais vraiment en compagnie de véritables personnes, pas dans un roman où l’on sent que le vocabulaire est volontairement et constamment recherché au point que c’en devient insipide et pompeux. Bref, la langue française est ici utilisée d’une manière totalement moderne et agréable, j’en suis très satisfaite !

Dans les deux premiers tiers du roman, on attend avec impatience de se faire embarquer dans la vie peu banale de Raphaël. On se laisse transporter par le narrateur du présent au passé avec aisance. Certains chapitres se présentent comme des digressions des chapitres précédents et ainsi de suite, évoquant des souvenirs que l’on happe avidement, pour combler notre connaissance des personnages.

Les personnages en question, outre Raphaël, sont tous complètement dingues ! Simon, le meilleur ami de Raphaël est hilarant. J’ai ri plein de fois grâce à lui et ses plans que l’on peut largement qualifier de « foireux ». Il est la parfaite représentation du type cru et romantique, un curieux mélange très enthousiasmant. Ses histoires de femmes, de canapé blanc, ses embrouilles multiples et sa relation avec Pascal, son frère junkie, tout m’a plu chez lui. Si la persévérance peut être présentée comme une qualité, la sienne reflète simplement la bêtise à l’état pur lorsqu’il est question d’une personne de sexe féminin. On oscille entre le rire et la pitié lorsqu’il tente de renouer par tous les moyens avec sa femme Sandy, qu’il connait depuis deux semaines. Il est aussi drôle que touchant.

Les voisins de Raphaël valent également leur pesant d’or au niveau de la loufoquerie. Gilbert et « Tétines en chocolat » comme il les appelle sont deux résidents qui habitent l’autre côté de la cloison de l’appartement de Raphaël et qui vivent en hôpital psychiatrique de jour. Vous vous imaginez donc rapidement qu’ils provoqueront des situations plus folles les unes que les autres, drôles et carrément angoissantes par moment.

Les vingt deux premiers chapitres présentent grosso modo la première partie du résumé. C’est-à-dire les tribulations de Raphaël avec ses compagnons de route tous aussi dingues les uns que les autres. Dès le vingt-troisième chapitre, on sent qu’on va plonger dans un tout autre univers.

A partir de là, on entre dans la deuxième partie du résumé. On fait plus ample connaissance avec « Monsieur le Président », Viktor, un vieux juif russe et l’on sent qu’il va changer la vie de Raphaël à tout jamais.

C’est un personnage particulièrement énigmatique qui intrigue immédiatement. De sa prestance à ses démonstrations intellectuelles, il nous attire comme un aimant et l’on souhaite véritablement en découvrir plus sur cette personnalité mystérieuse. Il provoque une immense incertitude dès le début, un certain malaise même. Je n’arrêtais pas de me dire « Mais c’est pas possible, il fait partie d’une secte  ou il sort d’un HP lui aussi ? ». On le prend pour un fou au commencement pour ensuite se sentir attiré dans ses filets et presque gober tout ce qu’il raconte. C’est un personnage fascinant dont les discours nous subjuguent autant qu’ils nous embrouillent. J’avoue avoir parfois hésité entre l’envie de lire avec intérêt ce qu’il démontrait ou le secouer pour lui dire d’arrêter de nous ensevelir d’explications étymologiques sans queue ni tête. Ce vieil homme est étrange et on a en premier lieu le sentiment profond qu’il cherche absolument à endoctriner Raphaël dans une cause obscure. Il paraît suspect, il a réponse à tout, il trouve des explications folles à des choses qui ne paraissent pas valoir la peine d’être approfondies, comme l’alphabet par exemple. Viktor spécule tellement et de manière si éloquente que nous, lecteurs, en viendrions presque à croire à ses idées.

On avance donc avec nos personnages et on se dit « Quand même… Pourquoi Sfumato comme titre ? Je ne vois pas le sens de ce titre… ». Et viens le chapitre trente cinq où ce mot est écrit pour la première fois. L’ambiance à partir de ce moment change totalement. On a l’impression d’entrer dans une atmosphère conspirationniste, c’est très étrange.

« Etrange » est d’ailleurs le mot qui résume le livre. Etrange dans le sens positif du terme à mon sens, fascinant. Le sujet est original, la manière dont est écrit le roman est originale, tous les personnages sont originaux (je n’ai jamais rencontré de personnages comme Simon et Raphaël, si bien construits et pourtant j’en ai lu des romans !), on n’a pas le temps de réfléchir qu’on se fait retourner le cerveau encore et encore. Ce roman ne rentre dans aucune catégorie, il est fou, extrêmement bien mené et ficelé, tout est super. Je conclurais finalement en affirmant que ce roman est vraiment génial !

 

 

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