Le sculpteur – Scott McCloud

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Titre et auteur : Le Sculpteur de Scott McCloud

Maison d’édition : Rue de Sèvres (Site/Facebook/Twitter)

Date de publication :  19/03/15

Nb pages : 485

Résumé :
David Smith consacre sa vie à l’art – jusqu’à l’extrême. Grâce à un pacte avec le diable, le jeune artiste voit son rêve d’enfance réalisé : pouvoir sculpter tout ce qu’il souhaite, à mains nues. Mais ce pouvoir hors norme ne vient pas sans prix… Il ne lui reste que 200 jours à vivre, pendant lesquels décider quoi créer d’inoubliable est loin d’être simple. D’autant que rencontrer l’amour de sa vie le 11e jour ne vient rien faciliter !

Avis : ★★★★☆

Le sculpteur est une bande dessinée de grande ampleur !

Il s’agit de l’histoire de David Smith, sculpteur qui n’aspire qu’à une chose : avoir de la reconnaissance. Il rencontre alors son oncle Harry, qui le soumet à un choix, vivre une vie banale avec femme, enfants, travail ou mourir dans 200 jours avec le don de pouvoir sculpter la matière avec ses mains et produire un chef d’œuvre. David Smith n’hésite pas, il prend la seconde option, il donnerait sa vie pour l’art. Ce plan était parfait mais c’était sans compter le fait qu’il rencontre l’amour juste après…

J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée qui m’inspire la notion de grandeur. La BD en elle-même est énorme, un gros pavé de près de 500 pages de dessins, contenant une histoire ambitieuse avec un protagoniste qui ne vise que la hauteur et dont les mains produisent des œuvres à grande échelle.

J’ai adoré le dessin de Scott McCloud. Les traits de ses personnages ne sont pas extrêmement précis mais ils comportent ce qu’il faut où et quand il le faut, et transmettent les émotions recherchées. Certains sentiments se jouent dans les détails, à l’instar de l’être humain qui peut avancer quelque chose oralement tout en pensant autre chose intérieurement. J’ai également été séduite par tout ce qui touche à la sculpture, et plus généralement à l’art dans le livre. Les dessins représentent superbement les sculptures des artistes du récit et m’ont beaucoup impressionée. J’ai adoré la manière qu’a Scott McCloud de rendre compte avec réalisme du mouvement. Lorsque David Smith se met à l’œuvre, on a le sentiment que ses mains travaillent d’elles-mêmes, on perçoit le mouvement de celles-ci, l’impression que David est en transe, tout est très bien retranscrit, décrit en images, c’est très impressionnant.

J’ai aimé l’histoire également, qui allie réalisme de la vie quotidienne –rien de plus banal qu’un homme, un artiste, qui aspire à la gloire sans réussir à l’atteindre-, et le côté surnaturel, irrationnel qui démarre dès la première apparition de l’oncle Harry. La sculpture dans la bande dessinée s’en trouve élevée, belle à suivre de sa matière première jusqu’à son résultat final. J’ai trouvé intéressant ce questionnement initial qui consiste à savoir jusqu’où l’on pourrait aller pour atteindre notre objectif de vie. Cette question provoque une réflexion, on se demande si on aurait fait le même choix que David dans sa situation (sans famille, sans véritable travail, sans lien affectif) ou non. Est-ce que la vie, même fade, vaut plus que la gloire suprême ? J’apprécie les ouvrages romancés qui nous poussent à réfléchir et ne pas nous reposer sur nos lauriers.

Il y a également quelque chose qui m’a vraiment marquée, présente dans la quatrième partie (bien qu’également en filigrane dans toute l’œuvre) et c’est le temps. Le temps est extrêmement important dans Le sculpteur puisqu’il régit la vie de David. Il voit sa vie s’écouler, se réduire chaque jour un peu plus, entrainant ainsi une sensation de resserrement. La quatrième partie est magistrale parce que l’on ressent à travers l’empressement de David sa panique, la réalisation qu’il lui faut se dépêcher pour créer un chef d’œuvre avant que sa vie ne s’achève. Il s’agit d’une véritable course contre la montre qui donne réellement la sensation d’avoir le rythme cardiaque qui s’emballe au fur et à mesure que David créer sans relâche.

J’ai également aimé la romance, bien qu’il s’agisse probablement de la partie qui m’a moins plu que les autres. Le personnage de Meg est véritablement intrigant et complexe, on a du mal à l’appréhender. A l’image de son apparition étonnante et irrationnelle, on se demande tout au long de l’histoire à quel niveau s’établit son ancrage dans le réel. Elle reste un personnage énigmatique, entourée d’une aura angélique ou fantomatique, au choix. Si l’histoire qui lie David et Meg est belle, j’ai quand même ressentie la présence de cette dernière comme un poids pour l’ascension de David. Elle le dit et redit d’ailleurs à David, elle a le sentiment de le ralentir. Ce fait peut cependant avoir une utilité, elle retient David qui ne cesse de rechercher de la hauteur, elle le maintient sur terre.

En définitive, Le sculpteur est une bande dessinée très ambitieuse, très belle, qui transcrit avec brio les émotions et les sensations (comme cette impression de voir la matière en mouvement sous les mains de David, c’est impressionnant). Une bande dessinée étonnante à découvrir !

300dpi

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