Rouge Eden – Pierre J.B. Benichou

rouge eden

Titre et auteur : Rouge Eden de Pierre J.B. Benichou

Maison d’édition : Belfond (Site/Facebook/Twitter)

Date de publication :  02/02/17

Nb pages : 416

Résumé :
3 janvier 1991. Quartier de haute sécurité d’un pénitencier de Floride. 
Condamné à la peine capitale, Will Birdy a passé quinze ans de sa vie en prison. Coupable de plus de cent crimes atroces contre des jeunes femmes, le tueur n’a plus qu’une peur : que l’enfer soit sa prochaine destination. Il lui reste une nuit en compagnie d’un prêtre pour exorciser les forces qui le dominent, expier, et comprendre qui il était vraiment. À l’aube, à moins d’une grâce de dernière minute, il sera exécuté sur la chaise électrique.
 
Des années plus tôt, à des milliers de kilomètres de là, un physicien soviétique est condamné par erreur, humilié, torturé et envoyé au goulag dans les pires conditions, sans savoir ce qu’il est advenu de sa famille. À bord du train qui l’entraîne dans les ténèbres de l’injustice et de l’oubli, cet expert en physique quantique, respecté par les plus grands scientifiques de son époque, s’ouvre à d’étranges secrets grâce à sa rencontre avec un vieux kabbaliste sur le point de rendre son dernier souffle.
 
Deux destins que rien ne semble lier, se croisent à contre courant dans les couloirs du temps… L’un victime et l’autre bourreau, ils finiront par entrevoir que l’enfer est sur terre et que chacun est son propre démon.
 

Avis : ★★★☆☆

Rouge Eden est un roman/thriller historique qui m’a bien plu !

Le roman est scindé en deux. D’un côté nous rencontrons Will Birdy, un tueur en série à la veille de son exécution aux Etats-Unis en 1991. De l’autre, nous rencontrons la famille Bogaïevski en 1933 alors que la Russie est régie par Staline et sous le joug de rafles.

J’ai aimé beaucoup de choses et d’autres un peu moins. J’ai tout d’abord beaucoup apprécié la manière dont est construit le récit. Le fait d’avoir deux histoires en une est un plus à mon sens. Cela permet de s’arrêter quand le suspens est important et de maintenir le lecteur en haleine sur les deux plans de l’histoire.

J’ai aimé la narration également. La plume de l’auteur a une véritable densité tant sur le plan historique que sur le plan des émotions. Il maitrise son sujet mais aussi les mots et donne à son histoire un suspens indéniable avec des indices distillés dans tout le récit, comme ce genre de phrase à titre d’exemple « De la chrysalide s’apprêtait à sortir un papillon noir des plus terrifiants… ». Cela met le lecteur en condition d’attente et lui promet une lecture encore plus sombre pour les pages à venir.

J’ai, il faut l’avouer été plus intéressée par la partie de Will Birdy bien qu’elle soit beaucoup moins importante en termes d’espace que celle des Bogaïevski. J’ai aimé le principe du tueur en série qui se confesse le dernier jour de sa vie. Cela confère une atmosphère assez oppressante avec un sentiment d’empressement. Il faut absolument que le prêtre fasse parler Birdy avant son éxecution. J’ai aussi aimé toute la réflexion sur la peine de mort en filigrane qui se pose à propos de certains états américains ne l’ayant pas abolie, le prêtre la remettant en question (avec raison) subrepticement. L’histoire de Birdy est vraiment fascinante. La manière dont est racontée l’histoire nous fait ressentir une sorte de curiosité morbide qui nous pousse à vouloir connaître ses crimes. Mais attention aux âmes sensibles, il faut vraiment avoir le cœur accroché parce que ce qui nous est relaté est terrible (d’autant plus quand on réalise que tout ceci est inspirée d’un fait réel). Il y a des meurtres, des viols, de la nécrophilie et du canibalisme entre autre, et à multiple reprises pour ce dernier point.

J’ai apprécié l’autre pan de l’histoire qui relate le drame des Bogaïevski. L’histoire est vraiment bien racontée puisque l’on est constamment sur les nerfs de faire face à tant d’injustice, on se révolte, on s’agace des autorités russes qui ne cherchent qu’à remplir leur quotas et qui ne cherchent en aucun cas la vérité. C’est insupportable à lire et à plus forte raison, lorsque l’on sait que tout ceci a vraiment existé. Alors même que la famille de Timofey est exemplaire (bien que réfractaire à la politique stalinienne au fond), Timofey se retrouve considéré comme citoyen déclassé et déporté, et Natalia sa femme et Nikolaï son fils, accusés de complicité. C’est difficile, pour ma part, de suivre une histoire où tant d’injustice d’un coup nous explose au visage sans que l’on ne puisse rien y faire. Néanmoins, toute l’histoire du côté de Natalia et Nikolaï m’a passionnée, et celle de Timofey tout autant avec un seul bémol.

En effet,Timofey alors qu’il est déporté par les autorités russes rencontre Izaak Rotenberg, un vieil homme juif, anciennement professeur de théologie. Si le personnage est intéressant et émouvant et que sa vie est profondément touchante pour l’injustice sociale et religieuse qu’il subit, je n’ai pas autant été captivée par son histoire que par celle des Bogaïevski et de Birdy. Je trouve que tous les passages le concernant sont un peu trop théologiques et ésotériques à mon goût et ralentissent le récit, faisant un peu perdre le fil conducteur général.

Cependant, de manière générale, j’ai aimé toutes les histoires de vie qui nous sont exposées et dont émanent une multitude d’émotions parfaitement palpables. On se demande néanmoins tout au long de l’histoire ce que peut bien être le rapport entre l’histoire de Birdy en 91 et celle des Bogaïevski en 33. On se dit qu’on le saura bien assez tôt mais en réalité, le rapprochement ne se fait que dans l’épilogue. Et c’est là que se pose mon vrai problème, j’ai été un peu déçue du dénouement. Je m’attendais à quelque chose de plus sensationnel, de plus extraordinaire. Le récit est tellement intense, tellement rempli de péripéties incroyables qu’on s’attend à quelque chose de fou à la fin. Or, le dénouement m’a paru un peu fade et attendu, pas à la hauteur de tout le reste du récit.

En définitive, si l’épilogue est un peu décevant, tout le reste de l’histoire vaut vraiment le coup d’être lu. Tout ce qui arrive aux protagonistes paraît sortir du commun, alors que tout est inspiré de faits réels et cette double dimension est vraiment puissante. Je conseille cette lecture ! (Mais attention aux âmes sensibles parce qu’il y a vraiment des éléments obscènes et morbides qui font froid dans le dos)

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