On a marché sur le crâne – Will Black Mind

 

On a marché sur le crâne de Will Black Mind
On a marché sur le crâne de Will Black Mind

Je remercie les Editions Les Occultés pour m’avoir offert ce recueil.

Titre et auteur : On a marché sur le crâne, textes de Will Black Mind et photos de Jean Blasco & Sonia Ligorred

Date de publication : Janvier 2015

Maison d’édition : Editions les occultés

Durée lecture : 64 pages – 23 avril 2015

Résumé :  « On a marché sur le crâne » est le résultat croisé d’un reportage photo réalisé au Musée Testut Latarjet d’anatomie et d’histoire naturelle médicale de Lyon, par Jean Blasco et Sonia Ligorred associé aux textes de Will Black Mind, poète et auteur originaire d’Épinal, venu illustrer les images, joli paradoxe pour un spinalien, avec ses textes sombres et profonds, à la fois frappés du sceau de l’imaginaire, de l’observation clinique et concrète des situations, de l’exaltation des sentiments humains, de la mort et du monde d’aujourd’hui.

Le noir et blanc interpelle par sa sobriété, creuse les ombres et invite au recueillement, à l’observation silencieuse, et à une certaine forme de gravité. Loin de toute fascination morbide, c’est avec l’esprit naturaliste du XIXème siècle, que l’ouvrage a été conçu, autour de cette boite de Pandore, ouverte à tous les vents, qui fascina tant les poètes, artistes et autres philosophes au cours des âges. De Shakespeare à Holbein, en passant par Andy Warhol, des Jivaros à la phrénologie, notre architecture primitive a toujours été source de fascination, d’études, de superstitions diverses, et de créations artistiques.

L’hommage qui lui est rendu ici, se veut un regard contemporain et une porte ouverte sur l’introspection et la réflexion métaphysique, mais aussi sur l’esthétisme de l’objet en tant que tel, ainsi qu’à la symbolique qui lui est associé.

Avis : ★★★★☆ 

On a marché sur le crâne est un formidable recueil sur le crâne et la fascination qui en découle depuis très longtemps. Les premières pages racontent très bien « l’histoire » de la représentation du crâne et la fascination que ce morceau de squelette implique chez l’humain.

« Partie du corps abritant, selon la croyance populaire, l’âme et la conscience, son esthétisme fascine au-delà des époques et des lieux » : Cette phrase à elle seule condense les réflexions sur le crâne.

12_2ktzj (1)J’ai, grâce à ce recueil, pu découvrir de nouvelles choses comme le tableau de Van Gogh, Le crâne de squelette fumant une cigarette ou redécouvrir la théorie de la phrénologie de F.J. Gall. Avoir ajouté des citations sous les photos est une très bonne idée. Comme le dit le résumé, il n’y a pas une once de « fascination morbide » ici. A mon sens il s’agit de poésie et d’art, tout simplement.

Les photos de ces crânes ont été prises au Musée Testut Latarjet d’anatomie et d’histoire naturelle médicale de Lyon. Elles sont extrêmement attractives mais la force d’On a marché sur la crâne est de les avoir accompagnées de textes remplis de sens, poignants, ne servant pas juste d’accessoire au service de la photographie.

J’ai été particulièrement sensible à deux textes. A Néant I et Mortelle équité.

A Néant I, parce que j’éprouve une très grande curiosité et un immense intérêt aux recherches sur l’âme, à toutes les études qui ont pu être faites à son propos. J’ai ainsi trouvé que ce texte, extrêmement poétique, poignant et sombre était parfaitement représentatif de cette attrait constant de l’âme, ces innombrables recherches qui n’aboutissent pas. Je l’ai réellement trouvé profond.

J’ai aimé Mortelle équité par rapport au sens du texte, renforcé par la citation de l’Article 1 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Les deux se font écho d’une manière très palpable. La dernière phrase de ce texte, que je ne citerai pas pour ne pas en dire trop, est très forte.

Il m’a semblé qu’une certaine ironie traverses les écrits, visible notamment dans Mortal Postale. Une musicalité découle également de ces textes. Je l’ai beaucoup ressentie dans Une boîte, j’avais vraiment l’impression de lire des paroles de chanson (s’apparentant au rap).

Les photographies sont réellement fascinantes, notamment celles où les circonstances de la mort sont écrites sur les crânes, ou la photo du squelette de sternopages qui est très impressionnante. J’ai été touchée par Battue, texte représentatif de la photo qui l’accompagne. J’ai apprécié qu’à la fin du texte, soit inscrit « Une femme meurt tous les trois jours de violences conjugales en France ». La photo du crâne brisé rend cette réalité palpable et on ne redira jamais assez ces statistiques affolantes mais pourtant réelles.

J’ai aimé que le recueil se termine sur un cadavre exquis bilingue, jouant sur le sens du titre Fiel.

 On a marché sur le crâne est un très beau recueil, tant pour l’art de la photo que l’art de l’écrit.

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