Mademoiselle S. Lettres d’amour (1928-1930) présenté par J.Y. Berthault

Mademoiselle S.
Mademoiselle S.

Titre et auteur : Mademoiselle S.: Lettres d’amour 1928-1930 présenté par Jean-Yves Berthault

Maison d’édition : Versilio Gallimard

Date de publication :  21 mai 2015

Nb pages : 264

Résumé : «Il n’y a pas de phrases, si éloquentes soient-elles, qui puissent exprimer toute la passion, toute la fougue, toute la folie, que contiennent ces deux mots notre amour. Nous goûtons à de telles extases qu’on serait inhabile à les vouloir conter !» Cette correspondance érotique des années 20, découverte par hasard par Jean-Yves Berthault, ancien ambassadeur, dévoile la folle passion d’une femme pour son jeune amant. Un trésor épistolaire écrit dans une langue recherchée, souvent crue et d’une grande modernité. L’audace des mots, la transgression, s’imposent en même temps que celles des gestes, et si Mademoiselle S. nous fait partager ses fantasmes les plus fous, elle nous révèle avant tout une magnifique et tragique histoire d’amour.

Avis : ★★★★☆

Ah, ce livre m’a donné du fil à retordre ! Un coup j’en avais marre, l’autre j’en redemandais, encore un autre j’étais écœurée. Je ne savais qu’en penser !

Tout d’abord, c’est vraiment un bel objet. Sa couverture sobre, d’un rose pâle suggestif m’a plu. L’intérieur est très plaisant, les pages sont vraiment douces et agréables à toucher et ont une odeur un peu « vieille » qui fait que l’immersion dans ces lettres du siècle dernier est facilement réalisable.

La préface du livre est très très très intéressante. Jean-Yves Berthault nous explique la manière dont il a trouvé ces lettres, il pose le contexte général. Il explique au lecteur qu’il est difficilement concevable qu’une femme comme Simone à cette époque ait pu avoir un tel vocabulaire.

Sceptique au début, n’y voyant que des paroles un peu osées sans plus, je me suis vite rendue compte qu’effectivement, on pourrait penser que ce vocabulaire sexuel éhonté provient d’un de nos contemporains. J’avoue avoir été un peu choquée au début, tant je pensais improbable qu’en 1928 on avait déjà un tel panel de mots vulgaires !

Ces lettres sont bien plus qu’érotiques, elles sont extrêmement crues. Aucune pudeur ni tabou n’y trouve sa place.

J’étais gênée au départ parce qu’en lisant ces lettres d’amour, j’avais l’impression un peu malsaine d’être une voyeuse. Curieuse au début, j’ai continué en me disant que j’allais lire ce livre d’une traite et je me suis vue arrêter au bout d’une cinquantaine de pages. J’étais vraiment écœurée, j’en avais marre de lire ces descriptions sexuelles, ce que Simone voulait faire à son Charles. Ca devenait redondant en plus. J’ai donc arrêté et j’ai repris ma lecture après une pause de quelques jours, en lisant petit bout par petit bout quotidiennement. En prenant mon temps, j’avoue avoir bien plus savouré la lecture. On se rend ainsi compte qu’il s’agit réellement de lettres que Charles et Simone s’échangeaient tous les jours. Ainsi, les lettres paraissent moins répétitives, on ressent plus la passion de Simone, tout est beaucoup plus explicite.

On ressent réellement la peur maladive, déchirante de Simone de perdre l’ « amour » de Charles. Elle va jusqu’à se transformer totalement pour qu’il lui reste entre les bras. On sent qu’elle pourrait aller jusqu’au bout du monde pour lui, littéralement. Elle m’a vraiment fait de la peine tout au long de ma lecture. Au final, je me suis vraiment attachée à Simone, la quitter me fait un pincement au coeur.

A la fin, je me disais qu’il serait intéressant de retrouver les lettres de Charles pour savoir ce qu’il en était de lui. Un comparatif des deux pourrait être instructif.

En bref, ce livre représente de manière épistolaire la passion de Simone, une femme de bonne famille qui se fait dévorer par son amour pour Charles. C’est intéressant de voir jusqu’où une femme de cette posture sociale est prête à aller pour satisfaire son amant (elle va jusqu’au blasphème notamment, mais fait bien « pire » pour l’époque). Ce livre est intéressant d’un point de vue sociologique mais également d’un point de vue littéraire, Simone écrivant divinement bien. A lire en prenant bien son temps, sous peine de faire une overdose.

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