L’adieu à Lila – Colline Hoarau

l'adieu à lila

Je remercie sincèrement Colline Hoarau qui m’a proposé de lire son roman.

Titre et auteur : L’adieu à Lila de Colline Hoarau

Maison d’édition : Editions Dédicaces

Date de publication :  2014

Nb pages : 110

Résumé :

La mère disparaît et les souvenirs qui reviennent : une famille de la Réunion, les frères, les s?urs, les jalousies, les injustices et la mère qu’il faut enterrer après lui avoir pardonné. C’est ce que saura faire Isabella, la résiliente.

Cette journée particulière permettra de voyager dans « le temps longtemps », dans une île de l’Océan Indien, bien rarement décrite. Une journée où tous se retrouvent autour de Lila. C’est un voyage, au coeur de l’île de la Réunion, dans la famille réunie pour la première fois. Isabella photographie ou filme. Chaque personnage passe devant l’objectif à tour de rôle, avec les imperfections que le regard de l’autre saisit.

Les portraits sont drôles ou acides. On lit ce livre comme on feuillette un album. Sensible, humain, ce récit touche et nous fait réfléchir.

Avis : ★★★★☆

L’adieu à Lila est un joli roman empreint de douleur, d’acidité, de sensibilité.

En ouvrant ce roman, on rencontre la famille d’Isabella, axée sur une personne : Lila, la mère de famille. C’est à l’occasion de ses funérailles que la famille se retrouve dans son entièreté, pour la première fois depuis des années, pour la dernière fois certainement. A partir de ce moment, les souvenirs remontent et l’on nous narre ce qu’a été la vie de cette famille réunionnaise.

Il faut savoir avant toute chose que la couverture de ce roman est MAGNIFIQUE ! Une illustration pareille invite au voyage, intrigue, donne envie de se plonger à corps perdu dans l’objet. C’était déjà très bien parti d’avance.

L’adieu à Lila fait vraiment office d’invitation réussie dans l’île de la Réunion. Ce voyage ilien littéraire est un vrai bonheur. On découvre des us et coutumes qui nous sont peu connus, des plats traditionnels qui font baver d’envie (non, je ne suis pas gourmande…), des mentalités qui nous surprennent. Parfois du vocabulaire. J’ai beaucoup apprécié qu’à la fin du récit un glossaire soit présent pour mettre des définitions sur des mots qui m’étaient étrangers.

L’histoire en elle-même est construite sur un mode que j’ai beaucoup apprécié. Comme il est très bien expliqué dans le résumé, on nous expose des portraits de personnages les uns après les autres. Ce sont en réalité, comme des chapitres qui s’enchainent pour combler les trous dans une photo de famille.

Beaucoup de sentiments s’entremêlent, mais aussi beaucoup de froideur. De la part d’Isabella, l’enfant « non-aimée », « non-voulue ». On sent une carapace dure comme de la roche à l’extérieur, mais de profonds sentiments internes. C’est un personnage que l’on aime immédiatement. On entre en empathie avec elle dès les premières lignes. On admire sa combativité, on ressent de la compassion, on l’apprécie tout simplement.

Le sentiment que j’ai eu durant toute ma lecture est que les non-dits ont régi cette famille durant toute leur vie. Le manque de communication est net, peut-être est-ce également un manque d’envie de communication justement…

Lila est un personnage fascinant. Une femme que l’on peut trouver admirable comme exécrable.  Une chose m’a particulièrement troublée et choquée, c’est cette préférence pour quelques uns de ses enfants. S’il y a une chose qui me terrifie et m’ennuie profondément dans une famille, c’est lorsque les parents manifestent une préférence pour l’un de leurs enfants. Cela peut causer tant de souffrance chez ces derniers, de vrais traumatismes. L’histoire familiale de Lila, Antoine et leurs enfants reflète justement ce problème. Les enfants gâtés deviennent adultes et détestables, les autres cherchent à ne pas reproduire le même schéma avec les leurs mais font irrémédiablement la même chose.

Ce roman représente de manière acide, fraîche, presque caustique une famille en éclat qui se recompose l’espace d’une journée. Physiquement, pas moralement. On aperçoit les failles et les défauts de chacun, ainsi que les qualités que l’on constate moindres. C’est un roman qui se picore lentement, qui s’apprécie justement. J’ai beaucoup aimé.

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