Comme si j’étais seul – Marco Magini

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Titre et auteur : Comme si j’étais seul de Marco Magini

Maison d’édition : HC Editions (Site/Twitter/Facebook)

Date de publication : 25/08/13

Nb pages : 192

Résumé :

1995. Le conflit en Yougoslavie s’intensifie. À tout juste vingt ans, Dražen Erdemović s’engage dans l’armée serbe dans l’espoir d’offrir un avenir à sa femme et sa fille qui vient de naître. Né en Bosnie-Herzégovine, de parents croates, Dražen est le symbole même du multiculturalisme yougoslave. L’uniforme serbe est le troisième qu’il endosse, mais rien ne lui importe plus que de voir son pays à nouveau en paix. Il va découvrir l’horreur de la guerre, l’impuissance d’un homme seul face à un groupe de soldats incontrôlés, l’anéantissement des consciences.

La force de ce roman tient dans le choix narratif de l’auteur : trois voix alternent ainsi dans une partition bien rythmée. Celle de Dirk, soldat néerlandais qui assiste à l’impuissance des casques bleus de l’ONU. Celle de Romeo González, juge au Tribunal pénal international de La Haye, qui s’apprête à rendre son verdict un an plus tard. Et celle Dražen, qui devient l’un des acteurs du pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Avis : ★★★☆☆

J’éprouve un sentiment mitigé à la lecture de Comme si j’étais seul.

Nous sommes en 1995. Personne ne voulait le voir, mais les prémices de la guerre étaient bien présentes. Le conflit territorial en Yougoslavie explose. Tous les véritables soldats, convaincus, sont déjà en guerre. Ceux qui prennent désormais les armes sont comme Drazen. Ils cherchent un dernier recours pour apporter une aide financière à leur famille après avoir tenté en vain, de fuir.

Mon ressenti après lecture de ce livre est flou. J’ai vraiment eu du mal à rentrer dans le récit et je pense que c’est dû à un manque de connaissances de ma part, à propos de cette guerre pourtant importante. Le contexte historique me manquait, empêchant une immersion totale.

Les trois points de vue qui nous sont exposés, imaginés selon l’auteur sont ceux de Drazen, un jeune homme un peu perdu, Dirk, un soldat néerlandais de l’ONU et Roméo, un juge au Tribunal pénal. En commençant ma lecture, je me suis dit que toute la narration de ce dernier allait m’ennuyer ferme ce qui n’a pas du tout été le cas.

J’ai été plutôt captivée par cette manière de découvrir ce qui se trouve être au final un génocide, c’est à dire par l’immersion dans les esprits d’acteurs réels de cette guerre tout aussi réelle. Bien évidemment, leurs sentiments sont inventés par l’auteur mais on peut sans peine imaginer que leurs ressentis à l’époque s’en rapproche grandement.

On découvre avec fascination la souffrance de Dirk, qui assiste sans pouvoir ne rien à changer à l’impuissance des hommes de l’ONU qui se font écraser par le pouvoir des soldats serbes. Son incapacité d’action parallèlement aux visions d’horreur qu’il subit est difficile à lire et encaisser. Il voit des pauvres hommes, femmes et enfants se faire massacrer par des soldats dans un objectif d’éradication sans pouvoir agir et l’on se rend compte du flagrant manque de moyens, de prévisions dont souffrent les casques bleus face à l’horreur.

Drazen est un personnage (une personne) complexe. Bien évidemment l’empathie prend le dessus lors de la lecture avec la manière dont l’auteur nous impose son point de vue mais l’on peut se questionner avec du recul sur ce qu’il faut en penser. Avec cette narration, on a pitié pour ce pauvre homme qui a pris part à une guerre par nécessité et non par volonté et l’on perçoit la différence de motivations entre ses compagnons soldats (dépeints comme avides de sang et de barbarie) et lui-même (décrit comme l’innocence déflorée sous la sauvagerie de massacres répétitifs). Il agit contre son gré pour obtenir une place au sein de son groupe, mais ses actions n’en reste pas moins abominables et le lecteur se retrouve avec un sentiment de malaise, ne sachant que faire entre le condamner ou compatir à son sort.

C’est là qu’intervient l’intérêt du point de vue du juge Roméo Gonzales pour lequel le lecteur peut en quelque sorte se mettre à sa place. C’est à lui et quatre autres juges qu’incombe la responsabilité, un an plus tard, de trancher entre la culpabilité de Drazen Erdemovic ou son absolution. J’ai été captivée autant qu’horrifiée par les réflexions et réactions du juge qui se retrouve dans une position délicate. Suivre sa ligne de départ et juger Drazen comme il le souhaite ou se détacher de sa position initiale et objective en raison d’un conflit intérieur face aux attitudes malvenues d’un autre juge. Je me suis sentie révoltée de constater que les acteurs de la justice qui se doivent d’être objectif et juste dans leurs sentences sont embrigadés dans des guerres d’égo entre collègues au mépris de vies humaines dans le roman.

En définitive, Comme si j’étais seul est un livre difficile à appréhender, à juger en raison de son mélange d’actes véridiques et réflexions imaginées. Je ne sais pas quoi penser du fait que l’auteur ait un parti pris qui nous empêche au final d’avoir notre propre avis sur la question de la culpabilité de Drazen, en proie à la compassion que l’on nous oblige à ressentir. Paradoxalement, c’est un coup de force que je respecte et que je trouve d’un grand intérêt. Une lecture mitigée à propos des émotions mais captivante sur le fond.

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