Extermination des cloportes – Philippe Ségur

extermination des cloportes

Titre et auteur : Extermination des cloportes  de  Philippe Ségur

Maison d’édition : Buchet/Chastel (Site/Facebook/Twitter)

Date de publication :  03/01/17

Nb pages : 285

Résumé :
En dehors de sa passion pour sa femme Betty, Don Dechine a un but dans la vie : écrire. Seulement voilà, pas facile d’écrire un roman fracassant quand on est prof de lycée et qu’après les avanies de la journée, il faut encore affronter un voisin pas content, les tracas de la copropriété, le harcèlement fiscal et les PV pour stationnement interdit. Rien de plus normal, pour se détendre, que de consacrer ses soirées à l’intégrale des six saisons des Soprano. Sauf que ça n’aide pas non plus à trouver la fortune et la gloire littéraire. Il y aurait bien une solution : tout plaquer pour aller vivre à la campagne. Comme l’explique Don Dechine, il n’y a que dans la nature qu’on peut valablement produire un chef-d’oeuvre. Armés d’une confiance et d’un humour à toute épreuve, Betty et lui vont donc se lancer dans la quête de la maison idéale, tenter de se débarrasser d’un appartement invendable et se perdre dans un monde inconnu et atroce : la jungle impitoyable de l’immobilier. Une sacrée aventure quand on est un futur génie de la littérature et qu’on se réveille un matin avec un cloporte dans l’oeil !

Avis : ★★★★★

Extermination des cloportes est un roman formidable !

Nous rencontrons Don Dechine et Betty Dechine, mari et femme qui paraissent tout à fait banals au premier abord et qui paradoxalement sortent de l’ordinaire. Don Dechine n’a qu’un but dans la vie : écrire un best seller, Betty quand à elle doit rédiger une thèse. Tous deux sont la motivation incarnée mais lorsqu’il s’agit de véritablement se mettre au travail, c’est une autre histoire… Comprenez, il y a l’intégrale des Soprano à regarder, du thé à préparer, une bonne tarte à cuisiner… Et puis surtout, il y a l’environnement à changer, Don Dechine recherche la nature et encore plus important, l’écrivain en devenir à un problème, il a un cloporte dans l’oeil…!

Ce roman est exceptionnel ! C’est bien simple : j’ai tout aimé !

J’ai adoré le choix de la narration à la première personne, du point de vue (totalement tordu) de Don et le ton caustique utilisé. Nous sommes immergés dans l’esprit complètement truculent de Don qui a l’air de sortir tout droit d’une autre dimension. On décèle assez rapidement chez lui un narcissisme et une confiance à toute épreuve, qui surplombent la vérité et bravent l’évidence. Son jugement est on ne peut plus biaisé, il est en proie à une véritable distorsion de la réalité mais c’est un vrai régal de suivre le fil de sa pensée.  Pour résumé le personnage de Don Dechine, je dirais qu’il est complètement à l’ouest. Il voit le mal partout quand il n’y en a pas et paradoxalement, il n’arrive pas à repérer l’escroquerie quand elle se présente devant lui.

Cette altération du jugement est visible à plusieurs reprises, provoquant des situations très cocasses qui engendrent un rire, parfois franc et d’autres fois jaune. Je pense notamment à quelques événements liés à un plombier urgentiste dont émane un sentiment d’arnaque à trente kilomètres ou un agent immobilier qui semble avoir tout appris du métier au sein de la mafia sicilienne etc… Ce sont des situations que Don nous décrit clairement, en prenant soin d’exprimer ses doutes, ses impressions négatives et qui forcément, induisent chez le lecteur la compréhension d’une escroquerie évidente mais que Don n’arrive pas à appliquer à lui-même. Cela confère un sentiment ambivalent chez le lecteur qui rit du personnage autant qu’il s’irrite de le voir autant à côté de la plaque alors que toutes ses impressions sont bonnes.

J’ai également apprécié le personnage de Betty, sa femme, que l’on a un peu du mal à appréhender. Elle nous parait toute ingénue, auréolée d’innocence et de naïveté de telle sorte qu’elle nous charme autant qu’elle nous agace. On a envie de la protéger mais on a également envie de la secouer pour qu’elle réalise que Don maîtrise autant chaque événement qu’il est un écrivain prolifique. Curieusement, on a aussi la sensation que Betty n’est pas si innocente qu’il n’y parait puisqu’à plusieurs reprises, on constate quelques dons de manipulation à l’encontre de Don. Elle use et abuse de la psychologie inversée à son égard, elle semble parfois dire certaines choses qu’elle ne pense pas dans l’objectif ultime de voir Don faire l’inverse, et donc lui donner raison au final. Betty est un personnage complexe, extrêmement intéressant à observer par l’intermédiaire du regard que Don porte sur elle.

L’alliance des deux personnages est savoureuse. Ce sont les rois de la procrastination, bien qu’ils ne l’avoueraient pour rien au monde. Les deux ont un objectif simple : l’une doit rédiger sa thèse, l’autre un roman. Ils s’échinent à mettre en place des plans pour optimiser chaque minute de leur vie de couple afin de se mettre au travail mais trouvent toujours quelque chose de plus important dans l’immédiat à faire. Qu’il s’agisse de leur série phare Les sopranos (un épisode en entraînant un autre), une patisserie à réaliser, un thé à faire infuser à la perfection, une maison introuvable en pleine nature à rechercher, tout est bon pour repousser leurs projets respectifs. La manière dont l’auteur rend compte de cette procrastination est vraiment hilarante, puisque l’on suit les pérégrinations mentales de Don qui aboutissent à chaque excuse permettant de repousser l’objectif. C’est un vrai régal !

Si tout le roman repose sur un humour par moments léger, à d’autres caustiques, un drame se profile en filigrane tout au long du récit, par la maladie de Fuchs, qui touche Don du jour au lendemain. Cette maladie est traitée avec humour, incarnée par ce fameux cloporte qui prolifère chaque jour un peu plus, mais n’en reste pas moins tragique dans la manière qu’à Don de nier l’évidence.

En définitive, Extermination des cloportes est un roman exceptionnel que j’ai pris grand plaisir à découvrir ! Je ne connaissais pas l’auteur mais je suis désormais certaine que je lirais ses autres ouvrages quand l’occasion se présentera. C’est un vrai bonheur !

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4 thoughts

  1. Je l’ai noté. J’aime bien cette maison d’édition, ils publient des romans vraiment intéressants. Je me souviens encore de « Les couleurs du Sultan » que j’avais beaucoup aimé Et là, actuellement, je lis l’une de leurs anciennes publications : The queen is dead (merci ma book jar^^) et j’aime beaucoup aussi.

    1. Je suis complètement d’accord ! Le premier titre que j’avais lu de cette maison d’édition était Dites aux loups que je suis chez moi et c’était un roman magnifique ! Je note les titres que tu viens de me donner pour faire de nouvelles découvertes ! :)

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