Chanson douce – Leïla Slimani

chanson douce casscrouton

Titre et auteur : Chanson douce  de Leila Slimani

Maison d’édition : Gallimard, NRF (Site/Facebook/Twitter)

Date de publication :  18/08/16

Nb pages : 240

Résumé :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Avis : ★★★★★

Que dire de ce roman dont tout le monde parle ? Un récit inexorablement puissant.

Myriam et Paul ont deux enfants, Mila et Adam. Myriam est femme au foyer mais elle est malheureuse, elle veut travailler dans le cabinet d’avocat d’un de ses amis, retrouver cette sensation d’être utile à la société. Paul est réticent mais ensemble, ils se mettent à chercher une nounou. C’est ainsi qu’ils engagent Louise, nourrice propre sur elle, au passé professionnel impeccable. Et puis le drame survient…

Le roman commence de manière extrêmement claquante et puissante : on nous raconte la mort des enfants. Voici le prologue, Mila et Adam sont morts, il n’y a plus rien à faire. Et Louise est là, ensanglantée, elle n’a pas réussi à se tuer. Quel début fracassant et choquant ! J’ai trouvé ça particulièrement intéressant de commencer le récit avec le fin mot de l’histoire. Cela confère une dimension immédiatement dramatique et étouffante au roman, on nous donne tout de suite le ton. Si c’est en effet original de commencer par la fin, on se demande cependant comment Leïla Slimani va réussir à emporter son lecteur tout au long de l’histoire. C’est un vrai pari puisque si le texte n’est pas assez fort, il est évident que le lecteur n’aura pas envie de poursuivre sa lecture puisqu’il sait qu’à la fin, la nounou tue les enfants.

C’est donc là la véritable force de l’auteur, nous embarquer dans ce monde tragique, où le malaise est le maître mot, où le sentiment d’étouffement est perceptible, mais qu’il nous est impossible de quitter une fois le pied dedans.

Il y a tout un tas de thèmes abordés dans Chanson douce, notamment celui des enfants comme source de changement indéniable dans la vie d’un couple. Il y a une dualité prégnante qui occupe tout le récit. Les enfants sont d’un côté la source d’un amour si fort qu’il en serait presque toxique. Myriam et Paul aiment leurs enfants de tout leur être, ils se sacrifieraient pour eux. La peur constante que quelque chose leur arrive les tenaille et l’on se rend compte (notamment pour ceux qui ne sont pas parents, comme moi) à quel point l’amour filial est indicible tant il est fort. D’un autre côté, les enfants sont présentés comme la source d’un épuisement, d’un abattement permanent. Ils semblent affadir la personnalité des parents, leur voler toute leur énergie et ambition. Il est clairement visible à travers le point de vue Myriam qu’à certains moments, ses enfants empêchent considérablement son épanouissement de femme active, qu’ils sont un poids pour ses aspirations et ambitions professionnelles. Cette binarité est réellement intéressante à suivre puisque présentée de telle manière que l’on en ressent un malaise, un sentiment incertain quant à ce que l’on doit penser de ces deux extrêmes.

J’ai été également subjuguée par la manière qu’a Leïla Slimani de nous présenter la nounou. On ne sait jamais vraiment ce que pense Louise et même lorsque le récit se focalise sur elle, que l’on nous offre son point de vue, il nous est impossible de l’appréhender réellement. Avec les parents c’est tout l’inverse. Même lorsque le point de vue ne se focalise pas sur eux, on arrive tout de même à les comprendre et ressentir leurs émotions. C’est très fort d’arriver à ajuster les mots, les caractères des personnages de telle sorte que Louise nous paraît être à une distance infranchissable et que les autres personnages nous semblent tout à fait accessible.

Louise est un personnage extrêmement énigmatique que l’on se met parfois à apprécier en voyant sa tendresse avec les enfants, notamment au début. Néanmoins, dès que l’on baisse un peu la garde, on se surprend à penser « Mais je sais pourtant qu’elle a tué les enfants ! » et l’on cherche alors des indices dans son comportement nous faisant penser qu’elle pourrait comettre un acte aussi odieux. Au début c’est indécelable et puis petit à petit, on remarque qu’un certain sadisme psychologique, parfois physique (à très faible dose) apparaît et le malaise nous saisit à la gorge.

Ce malaise devient palpable et présent dès lors que Louise entre en scène. Ceci est notamment dû à la place qu’elle prend dans la famille. Elle se rend de plus en plus indispensable, passant de la simple nounou à l’aide ménagère, à la cuisinière de la famille. Sa présence reste constamment discrète et pourtant envahissante à nos yeux. Elle construit doucement son nid, sans que ni Myriam, ni Paul ne s’en offusque, allant même jusqu’à se sentir eux-mêmes embarrassés en ayant l’impression d’exploiter Louise. Il y a tout un système de psychologie inversée, de ressorts relevant de renversement des pensées véritablement fascinant. Louise nous parait avoir une emprise maléfique sur les Massé alors qu’elle est pourtant la discrétion incarnée. Tout ceci nous donne l’impression qu’elle est pareille à une maladie sournoise, insidieuse qui se répand doucement mais sûrement.

En défintive, Chanson douce est un roman absolument captivant qu’il faut lire à mon sens. L’écriture de Leïla Slimani est envoûtante et je lui tire mon chapeau pour avoir réussi le pari de commencer par l’affirmation de la mort des enfants et de pourtant maintenir l’intérêt des lecteurs d’un bout à l’autre du roman. C’est un roman dont la tension est plus que palpable, dont l’atmosphère est malsaine et étouffante, mais cet ensemble est maîtrisé avec un tel génie qu’il nous est impossible de lâcher le récit. Une vraie réussite !

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4 thoughts

    1. En général, je suis déçue quand je lis un livre qui a défrayé la chronique et dont tout le monde fait l’éloge, mais celui-ci, je n’ai pu que l’aimer. Tout à fait mon genre, très bien écrit, avec une intrigue extrêmement bien mené ! Je te le conseille vivement ! :)

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