78 – Sébastien Rongier

78 de Sébastien rongier

Titre et auteur : 78 de Sébastien Rongier

Maison d’édition : Fayard

Date de publication :  19/08/2015

Nb pages : 140

Résumé :

Il y a cet homme qui a gardé le réflexe de tendre la main sous la table pour caresser son chien, alors que son chien est mort. Cette femme qui boit du Get 27 pour oublier que son amant ne viendra pas. Ce militant d’extrême droite qui cherche à embrigader le patron de la brasserie. À l’abri des regards, dans la cuisine, il y a le rescapé d’une nuit d’octobre. Et puis il y a l’enfant. L’enfant qu’un adulte accompagnait mais qui est seul à présent devant son verre vide. L’enfant qui attend que l’adulte revienne.
Nous sommes en 1978, dans une brasserie près de la cathédrale de Sens. C’est un instantané de la France et d’une époque. Mais aussi le récit atemporel et poignant de la perte de l’enfance, dans le bourdonnement indifférent de cette ruche française.

Sébastien Rongier fait d’un café une chambre d’échos, où résonnent les voix d’un pays venant tout juste de basculer dans la crise. Avec les guerres mondiales et coloniales, le paysage social se décompose et se recompose. Et les différentes lignes de forces du passé et du présent se croisent toutes, dans ce bar, dressant un portrait à la fois morcelé et puissant du xxe siècle français.

Avis : ★★☆☆☆

J’ai aimé un certain nombre de choses dans 78 mais l’ensemble ne m’a pas convaincue.

78, c’est un roman de 140 pages qui se déroule dans une brasserie, celle de Max et où l’on voit de multiples personnages défiler les uns après les autres sous nos yeux de lecteurs mais aussi de spectateurs.

Il ne se passe qu’une seule et unique journée, certainement représentative de la vie en 1978 de manière condensée. J’ai aimé les personnages, peu développés mais représentés sous des traits que l’on peut parfaitement comprendre. Il y a les fachos d’un côté qui veulent absolument avoir le patron du bar de leur côté, ce même patron qui tente tant bien que mal de mettre ses distances pour ne pas se nuire ni causer de problème à celui qu’il recueille dans l’arrière cuisine. Il y a le type bizarre, qui est au bout du bar et qui semble saoul, mais l’est-il vraiment ? Il y a des femmes qui se battent pour leur liberté et d’autres qui se font écraser par le sexe opposé. Un vieillard qui voue une haine à ces dernières. Et puis il y a cet enfant. Il nous intrigue de bout en bout, on se demande ce qu’il fait, pourquoi il est là, seul à essayer de s’occuper malgré ses inquiétudes de plus en plus accrues.

Chacun de ces personnages est une source de curiosité. Ils représentent tous une catégorie sociale de la population, des principes moraux émergeant ou des convictions réactionnaires. J’ai aimé cette diversité car j’ai pu me rapprocher en tant que lectrices de certains, et j’ai pu au contraire en haïr d’autres.

Les deux femmes du bar, Alice et Christelle m’ont beaucoup plu. Elles représentent en quelques sortes l’embryon de l’émancipation des femmes. L’une tient tête à l’homme qui veut l’épouser par souci de simplicité et par devoir, l’autre attend désespérément un homme marié qui, elle le sait, ne viendra jamais. Leur rencontre est formidable, ce sont d’ailleurs quasiment les seules du roman à interagir entre elles et cela provoque une sorte d’explosion dans le tableau que représentaient le livre. On s’habitue à des personnages figés et les voir changer de place provoque presque un sentiment d’incongruité, plutôt plaisant cela dit.

J’ai donc aimé ces deux femmes, mais j’ai haï le groupe d’extrême droite qui cherche à embrigader par tous les moyens Max, le patron du bar. On passe à la table de ces personnes et l’on comprend ce qu’ils cherchent à faire, nous sommes impuissants. L’impuissance, c’est un sentiment qui m’a poursuivie le long de ma lecture. Nous sommes condamnés à errer de table en table, à observer de bons moments (extrêmement rares) comme les mauvais (très nombreux) contre notre gré. On se sent balader par le narrateur comme si l’on nous posait des photos devant les yeux et que nous étions comme obligés d’y faire face.

Outre le groupe politique, il y a le vieillard qui m’a complètement rebutée et même horrifiée. Je me disais qu’il serait certainement sympathique à caresser sa chienne Pupuce sous la table, même si elle était morte, juste comme ça, par habitude. Et bien non. C’est le pire de tous. Ses pensées sont insoutenables, on nous impose des images atroces qui m’ont révoltée. Cet homme est abominable et vulgaire.

La vulgarité, c’est une chose qui m’a vraiment dérangée. Je sais que cela donne un côté vraiment réaliste au roman mais c’est comme si je me sentais visée à chaque fois. « Salope ». Ce mot fuse de tous les côtés. A croire que les hommes de cette époque ne considéraient les femmes que comme des « salopes ». Il y a Max qui relève le niveau heureusement. Néanmoins, les femmes en prennent vraiment un coup dans ce livre et si la fin des années 70 était ainsi, je suis bien contente d’être née presque 20 ans après.

Concernant l’écriture en elle-même, je suis plus que mitigée. Je trouve la forme et la construction du roman très intéressante, très originale. Malheureusement, je n’ai pas réussi à entrer dans le roman avant presque 60 pages, quasiment la moitié du livre. Cette succession de « chapitres » courts est très difficile à appréhender et la narration l’est tout autant au début. J’avoue n’avoir rien compris des premières pages que j’ai lues. Tout est trop succinct, tout est flou. Alors certes, on nous donne l’impression de regarder des polaroïds, une image sans contexte, mais qu’est-ce que c’est perturbant et frustrant quand ça s’applique à un texte.

A l’image de l’enfant du bar, j’ai attendu pendant un bon bout de temps. J’ai attendu que les phrases fassent enfin sens dans mon esprit, que les chapitres s’imbriquent pour former l’histoire de chacun de ces personnages, avoir une vue d’ensemble en définitive. Je ne sais pas si c’est parce que je n’ai pas vécu à cette époque ou si ce genre de roman ne plaît tout simplement pas dans sa forme, mais je n’ai pas eu beaucoup d’intérêt pour ce livre. Je pense que je n’en suis pas du tout la cible.

En définitive, j’ai aimé les personnages lorsque l’on arrive enfin à les saisir, j’ai aimé l’originalité de la structure du récit, mais l’ensemble du roman n’a pas réussi à me séduire.

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